Awori x Twani – “Ranavalona”

Awori x Twani – “Ranavalona” (2021)

La collaboration entre l’artiste ougandaise-suisse Awori et le producteur français Twani a été initiée par le projet Seeds du label Galant Records qui fait rencontrer un.e producteur.trice et un.e chanteur.euse/rappeur.euse pour un titre. C’est comme ça que nait leur chanson Cortex Iuxta qui ouvre la voie à une collaboration plus longue avec l’album Ranavalona. L’album rend hommage à la reine malgache Ranavalona III qui résista aux colons français. Sur la pochette de l’album, on devine d’autres figures panafricaines sur des couvertures de livres comme Kwame Nkrumah avec l’ouvrage L’Afrique doit s’unir.

Envoûtant et dansant, l’album mêle soul, R&B, Afrobeats, hip hop, dub. Un court (l’album compte 8 titres) mais intense moment de lévitation et de soin.

Voici deux clips issus de l’album:

Ranavalona

Hold Me

 

Crossing the color line

Crossing the color line (2019)

Conçu dans une forme classique du documentaire-témoignage, Crossing the color line (le titre est peut-être une référence à W.E.B. Du Bois) donne un aperçu d’une jeunesse afro-italienne en proie aux questionnements de la double-appartenance. “Grandir en Italie en tant qu’Afro-descendant.e ? Je l’ai vécu et j’ai essayé de le (faire) raconter dans mon premier film-documentaire Crossing the color line. L’objectif était de donner une voix à cette jeunesse minoritaire, éparpillée sur le territoire mais aux expériences similaires, dont le vécu, les tâtonnements et en même temps l’étonnante lucidité peuvent à mon sens enrichir à la fois l’Italie et le reste de la diaspora afro-descendante.“, déclare la réalisatrice Sabrina Onana.

Pour cause de crise sanitaire et de ce fait, de l’impossibilité d’organiser des projections, la réalisatrice a décidé de mettre son film en accès libre sur Vimeo. Le voici en version originale avec des sous-titres en français:

Âme afropéenne

FOCUS – Avec Focus, le principe est simple: une citation qui interroge l’espace Afropea et une illustration pour en prolonger la portée. Nous avons demandé à l’artiste Eden Tinto Collins de converser avec la poétesse Kiyémis.

#2: Âme afropéenne avec Kiyémis + Eden Tinto Collins.

 

Âme Afropéenne
 
Assimilation, dissolution !
Dans mon âme
Retentit une explosion.
Un cri fissure l’étau
Ma peau
Scande le mot afro
Nos bouches chantent les gloires de nos aïeux

Pour laver tous ces esprits creux !

Tchip
À ces êtres, inconsciemment empoisonnés.
Nos âmes, qui veulent se décoloniser,
Sont avides d’un air purifié,

Plein d’une vérité dépouillée.

Au placard, suppliques et demandes implorées
Mof mi de !
Aux autres, d’adapter leurs regards embrumés,
À l’humanité complexe et flamboyante

D’une affirmée et fière diasporante.

Afrodescendante, afropéenne, afroféministe,
Afro.

 

 

Par Eden Tinto Collins: “J’ai fait cette image en contrepoint du poème. Le poème de Kiyémis m’a fait penser à une manifestation. La transe est pour moi liée à la manifestation qu’elle soit politique ou en rapport aux croyances, c’est un rituel où agissent des forces sacrées seulement activées par le peuple. La transparence, très présente dans l’image est aussi le contraire de l’opacité. Aussi, «faire du bruit» dans l’image c’est lui donner du grain «digital», mais dans la vie, c’est aussi une façon de se faire entendre, de se manifester…”

Eden Tinto Collins est une artiste multimédia. Kiyémis est une poétesse afroféministe. Son premier recueil de poésie “À nos humanités révoltées”, dont est issu le poème “Âme afropéenne”, a récemment été republié par les éditions PMN. 

Zap Mama

Zap Mama

Zap Mama est le pseudonyme de l’artiste belgo-zaïroise Marie Daulne. Il fait référence à sa capacité à zapper entre différentes cultures, styles et instruments. Elle prête son nom à un groupe polyphonique féminin qu’elle crée, composé de Sabine Kabongo, Sylvie Nawasadio, Cecilia Kankonda, Céline ‘tHooft et d’elle-même. En 1991, sort leur premier album éponyme a capella Zap Mama. En 1993, cet album ressort à l’international chez Luaka Bop, sous le titre Adventures in Afropea 1. L’album eut un gros succès devenant l’année de sa sortie, l’album de “world music” le plus vendu.

Marie Daulne a créé avec David Byrne, fondateur du label Luaka Bop, le terme “Afropea” pour évoquer la musique du groupe qui mêle traditions et pratiques africaines et européennes.

Zap Mama a depuis continué en solo ou en groupe en sortant 7 autres albums entre 1994 et 2019 poursuivant son travail transcontinental entre l’Afrique postcoloniale, l’Europe et les Amériques. Un nouvel opus est attendu pour cette année (2020).

(crédit photo de couverture: Vincent Soyez)

Yvonne Koné

Yvonne Koné (2011)

Yvonne Koné est une designeuse danoise réputée. Elle est née dans les années 70 à Copenhague, d’une mère danoise et d’un père ivoirien qui se sont rencontrés à Paris. Sa marque éponyme, créée en 2011, offre des chaussures, sacs et accessoires de luxe en cuir italien ainsi que des pulls en cachemire. L’esthétique de la marque d’une simplicité “sophistiquée et indémodable” reflète à la fois le minimalisme du design danois qu’une sensibilité aux couleurs, textures et formes de cultures africaines. Elle reçoit en 2017 le Elle Style Award.

 

 

 

 

       

 

                

 

 

 

Afrodescendante

FOCUS – Avec Focus, le principe est simple: une citation qui interroge l’espace Afropea et une illustration pour en prolonger la portée. Nous avons demandé à l’illustratrice Maya Mihindou de converser avec la philosophe Nadia Yala Kisukidi.

#1: Afrodescendante avec Nadia Yala Kisukidi + Maya Mihindou pour une danse dessinée.

La citation complète de Nadia Yala Kisukidi: “Je me définis comme noire afrodescendante française. Ces mots-là disent tout de mon rapport à la République démocratique du Congo. (…) Être franco-congolaise me place dans un ensemble de contradictions politiques. Je sais que nos manières de vivre et de consommer ici en France, en Occident reposent sur l’exploitation des vies au Congo, sur tout un système économique de prédation. L’exploitation des « minerais de sang » là-bas, qui entretient les conflits armés, assure notre niveau de vie ici. Franco-congolaise, pour moi, ne raconte pas une identité multiple, mais exprime d’abord la violence d’une conflictualité politique. Ce qui m’intéresse, c’est ce que ça engage politiquement d’appartenir à deux espaces, la France et la RDC, dont les relations reposent sur des rapports de prédation. C’est donc la dimension politique de l’être diasporique qui m’intéresse.”

Nadia Yala Kisikudi est philosophe, elle enseigne à Paris 8. Son travail se porte sur la décolonisation de la philosophie entre autres. À écouter cette émission France Culture où elle expose son idée de Laetitia africana. Maya Mihindou est illustratrice, graphiste et photographe. Elle a créé la maison de micro-édition Vertébrale. Elle travaille notamment pour la revue Ballast.  

Rebelse Trots

Rebelse Trots (2015)

Rebelse Trots (Proud Rebels) est une œuvre de l’artiste Patricia Kaersenhout qui rend hommage à ces femmes noires qui, aux Pays-Bas, dans les années 80, ont créé leur propre organisation Flamboyant parce qu’elles ne se reconnaissaient pas dans le mouvement féministe blanc qui négligeait leurs expériences de sexisme et de racisme. L’œuvre compte les portraits de ces femmes brodés par des Sénégalaises employées par Patricia Kaersenhout. Elle leur a raconté leurs histoires oubliées pour leur donner de l’empuissancement: “Mes oeuvres n’ont pas pour but l’esthétisme mais la connexion. Broder a par exemple une portée méditative mais aussi politique. Quand vous brodez une femme rebelle, vous pénétrez en elle par le biais de l’aiguille. D’un côté, cela symbolise le vide rempli, d’un autre, vous réparez des blessures“.

Voici les noms des femmes qui ont crée Flamboyant: Ernestine Cornvalius, Alem Desta, Philomena Essed, Julia da Lima, Cisca Pattipilohy, Gloria Wekker, Mercedes Zandwijken. Quelques portraits:

Gloria Wekker
Ernestine Cornvalius
Philomena Essed

L’artiste a également réalisé une vidéo qui raconte l’histoire de Christina, une domestique noire qui a travaillé à Amsterdam au milieu du XVIIe siècle. Elle a été emprisonnée pour avoir fait face à ses oppresseurs. Dans la vidéo, Patricia Kaersenhout mêle son histoire et celles des féministes de Flamboyant pour souligner la mémoire des luttes des femmes noires de la Diaspora.

Proud Rebels, vidéo, 2015

Gracias – “Toleka”

Gracias – “Toleka” (2017)

Deogracias Masomi ‘Gracias’ est un artiste hip hop congolais-finlandais connu pour son titre HKI dans lequel il dit son amour pour la ville où il a grandi: Helsinki (Finlande). Avec Toleka (“Partons” en lingala), il offre un titre afrobeat entrainant. Le clip a été réalisé par un collectif de jeunes personnes racisées. Il a été stylisé par Patisse A Lody et met en avant la marque de vêtements Kasaï Finland.