Afropean History Month 2020

En ce mois de février, afropea fête la deuxième édition de son évènement fictif l’Afropean History Month sur le modèle du Black History Month états-unien. Découvrez une série de portraits d’artistes, sportif.ves, intellectuel.les, activistes qui font les histoires afropéennes passées et présentes.

 

 

 

 

 

MATHILDA BEAUVOIR était une chanteuse, danseuse, performeuse et prêtresse vaudou franco-haïtienne. Elle était connue dans les années 60 pour avoir mêlé la musique rituelle vaudoue au mambo.

 

 

 

 

 

EUSÉBIO (1942-2014) était un footballeur international mozambicain-portugais. Surnommé la « Panthère noire », il est considéré comme le plus grand joueur du club Benfica Lisbonne. Lors de la Coupe du monde 1966, il qualifie le Portugal pour les phases finales face au Brésil. En 1965, il reçoit le Ballon d’Or devenant le premier joueur noir à remporter ce titre. En 1968, il est le Soulier d’Or européen qui récompense le meilleur buteur d’Europe tous championnats confondus. Il est d’ailleurs considéré comme le 6ème meilleur buteur de l’histoire du football.

 

 

 

 

ANTONIO DIKELE DISTEFANO (1992) est un écrivain italien d’origine angolaise, né à Busto Arsizio (Lombardie). Son premier roman Fuori piove, dentro pure, passo a prenderti? auto-publié, a été réédité chez Mondadori en 2015. Il a depuis publié 4 autres romans chez cette maison d’édition : Prima o poi ci abbracceremo (2016), Chi sta male non lo dice (2017), Non ho mai avuto la mia età (2018), Bozze. Prima e seconda parte (2018).
En 2020, sortira sur Netflix, Zero, une série qu’il a écrit à partir de son roman Non ho mai avuto la mia età. Elle sera la première série à raconter les expériences de jeunes noirs italiens.

 

 

 

 

AÏCHA GOBLET d’origine martiniquaise par son père et belge par sa mère, Aïcha Goblet est née à Hazebrouck. Artiste de cirque, comédienne, danseuse de music hall, elle a été le modèle de nombreux artistes iconiques du Paris Montparnasse comme Jules Pascin, Félix Vallotton, Henri Matisse, Man Ray, Moïse Kisling ou Kees van Dongen. Image: Aïcha Goblet par Man Ray, 1922.

 

 

 

 

 

 

 

MAY AYIM (1960-1996) était une poétesse, éducatrice et militante afro-allemande née à Hambourg en 1960. Son père ghanéen n’étant pas allemand n’avait aucun droit sur May qui finit par être adoptée par une famille blanche allemande. Elle vivra une enfance malheureuse où le racisme du climat familial a consumé sa confiance en elle. Elle étudie à l’université de Regensburg. Sa thèse “Afro-Deutsche: Ihre Kultur- und Sozialgeschichte aus dem Hintergrund gesellschaftlicher Veränderungen” est la première étude universitaire qui traite de l’histoire afro-allemande du Moyen-Âge au XXè siècle. Cependant, elle sera refusée sous prétexte qu’il n’existe pas de racisme en Allemagne. En 1984, elle rencontre Audre Lorde à Berlin qui inspirera d’autres femmes afro-allemandes à prendre la parole et se définir selon leurs propres termes. C’est ce qu’elles feront avec le livre Farbe bekennen: Afro-deutsche Frauen auf den Spuren ihrer Geschichte (traduit en anglais par Showing our colors : Afro-German Women speak out). Image: May Ayim et Audre Lorde à Berlin, crédit: Dagmar Schultz.

 

 

CARLA MACOGGI (1965-2013) était une autrice italo-éthiopienne. Elle a laissé deux œuvres autobiographiques Kkeywa et La nemesi della rossa. Sa santé mentale était intimement liée aux conséquences de la colonisation italienne.

À lire l’article Africultures d’Aminata Aidara: Être italo-éthiopienne en Italie: Hommage à Carla Macoggi.

 

 

 

 

 

JUSTIN FASHANU (1961-1998) était un footballeur anglais. Il est le premier joueur noir britannique dont le transfert a coûté plus d’un million de livres. Il est aussi le premier joueur professionnel à révéler son homosexualité alors qu’il était encore en fonction. Sa carrière en pâtit. Il a été retrouvé pendu dans un garage à Shoreditch après des accusations de viol de la part d’un jeune homme de 17 ans quand il était au Maryland (USA). Selon sa lettre de suicide, craignant de ne pas avoir un procès équitable du fait de son orientation sexuelle, il s’est enfui en Angleterre pour se suicider.

À voir le documentaire Forbidden Games : The Justin Fashanu Story sur Netflix.

 

 

 

LAURA NSAFOU aka MRS ROOTS (1992) est une autrice et blogueuse afroféministe française. Connue sous le pseudonyme de Mrs Roots, elle tient un blog du même nom dans lequel elle interroge les enjeux sociaux, politiques, culturels de la littérature dans une perspective afroféministe. En 2017, elle a sorti son roman À mains nues aux éditions Synapse qui raconte l’histoire d’une jeune Suédoise noire d’origine somalienne qui souffre d’haptophobie. Avec Comme un million de papillons noirs (2018) et Le Chemin de Jada (2020), elle participe à une littérature jeunesse plus inclusive et diversifiée en abordant l’acceptation de ses cheveux afro ou le colorisme avec pour héroïnes des petites filles noires.

 

ABRAM PÉTROVITCH HANNIBAL (1696-1781) serait né à Logone-Birni au Cameroun selon les recherches de l’historien Dieudonné Gnammankou. Enfant, il aurait été capturé par le sultan Abd El Kader de Baguirmi puis vendu à des marchands d’esclaves. Après un an à Constantinople, il a été emmené au tsar Pierre Ier le Grand en Russie. Celui-ci voulait prouver que les enfants noirs étaient aussi doués intellectuellement que les autres hommes. Les Noir.es étaient alors considéré.es comme non civilisé.es, comme des animaux en Europe: la pensée raciste occidentale moderne ayant fait son chemin.
Abram deviendra le valet et le secrétaire du tsar, l’accompagnant dans ses voyages. Il reçoit une éducation à Paris. Il eut une grande carrière militaire devenant ainsi le premier Noir à servir comme général dans l’armée russe.
Il est l’arrière-grand-père du poète russe Alexandre Pouchkine. 

 

 

 

LEONE JACOVACCI (1902-1983) était un boxeur afro-italien. Sa victoire face au milanais Mario Bosisio embarrassa l’Italie fasciste de Mussolini parce qu’elle discréditait son idéologie raciste de la supériorité blanche. Il est d’ailleurs pas possible de retrouver des images de ce combat à l’Istituto Luce (équivalent de l’INA français): elles ont été censurées. Jacovacci vivra la fin de sa vie dans l’oubli et l’anonymat après avoir été concierge.

 

 

 

 

 

 

REJJIE SNOW (1993) est un rappeur irlandais né à Dublin d’une mère irlando-jamaïcaine et d’un père nigérian. Il commence sa carrière sous le nom de Lecs Luther, avec lequel il sort son premier EP Fish & Chips. En 2013, son deuxième EP Rejovich atteint un certain succès. En 2018, il sort son premier album Dear Annie.

 

 

 

 

BUIKA (1972) est une chanteuse, poétesse, compositrice espagnole d’origine équato-guinéenne née à Palma de Majorque. Elle a grandi dans le quartier le plus défavorisé de Palma: le Barrio Chino. Elle y côtoie les marges de la société dont le monde des Gitans au sein duquel elle s’imprègne du flamenco. Sa musique mêle autant le jazz, la pop, la soul, le flamenco, la copla et les chants africains entendus durant son enfance. D’une forte personnalité, elle assume de parler de sa bisexualité ou de consommation de cannabis lors d’interviews.

 

 

 

 

 

 

 

ROSA EMILIA CLAY (1875-1959) était professeure. Elle est arrivée en Finlande avec une famille de missionnaires comme d’autres enfants de Ambomaa (actuel Namibie). Elle est la première afrodescendante à obtenir la citoyenneté finlandaise. Elle a étudié pour devenir professeure. Son premier poste est dans un village Savo de Mustinlahti. Un fermier lui aurait craché dessus en disant: « Ils nous ont envoyé cette négresse de sorcière comme professeure? Même les enfants auront peur d’un tel démon. » À cause du racisme, elle décide de partir aux États-Unis en 1904. Elle est acceptée au sein de la communauté finnoise locale. Elle y dirige l’American Community Choir and Theater, enseigne le finnois et est une activiste culturelle au sein du parti travailliste.

 

 

 

 

 

 

MAKODE LINDE (1981) est un artiste, musicien, DJ suédois. Son travail s’attache beaucoup à déjouer les stéréotypes raciaux. Sa série Afromantics notamment, s’approprie le barbouillage en noir (blackface) à travers des oeuvres connues de l’art occidental ou la culture populaire. Il a provoqué une polémique en 2012 au Moderna Museet de Stockholm avec sa performance Painful cake.

 

 

 

 

 

 

 

 

NOÉMI MICHEL est universitaire en théorie politique et militante basée à Genève (Suisse). Elle travaille notamment sur les questions raciales et postcoloniales dans le contexte suisse réputé pour sa prétendue neutralité.

 

 

 

HÉLÈNE CHRISTELLE MUNGANYENDE (1993) est autrice et journaliste. Elle est partie du Rwanda pour les Pays Bas quand elle avait 5 ans. Elle est la fondatrice de l’organisation IamSHERO qui aide les jeunes femmes racisées aux Pays Bas et en Belgique dans leurs carrières professionnelles et leurs épanouissements personnels. Elle écrit pour Oneworld.nl et est co-fondatrice du podcast Fufu & Dadels.

À écouter sa conférence TED Becoming Afropean (en anglais) où elle évoque sa définition de l’identité afropéenne

 

 

 

JEANNETTE EHLERS (1973) est une artiste danoise-trinidadienne basée à Copenhague (Danemark). Dans son travail, elle explore notamment l’histoire oubliée ou peu représentée du passé colonial danois dans les Caraïbes. En 2018, elle a conçu avec l’artiste LaVaughn Belle une sculpture en hommage à Mary Thomas, une rebelle qui a mené les révoltes de Fireburn sur l’île Sainte Croix (ancienne colonie danoise). I am Queen Mary est ainsi le premier monument public mettant à l’honneur une femme noire au Danemark. Image: sa performance “Whip it good” (2014)

 

 

 

 

 

 

EMMA DABIRI est une autrice, chercheuse en sociologie visuelle, historienne irlandaise-nigériane basée à Londres. Elle est également présentatrice TV sur BBC. En 2019, elle sort son livre Don’t touch my hair dans lequel elle évoque à travers la perception du cheveu afro en Occident une histoire systémique du racisme. En adoptant à la fois un point de vue personnel et historique, elle soulève comme le cheveu afro est une allégorie de l’oppression subie par les Noir.es mais également source de libération.

 

CECILE EMEKE est une artiste, réalisatrice anglaise d’origine jamaïcaine. Avec sa série documentaire Strolling, elle part à la rencontre de la diaspora noire aux États-Unis, en Jamaïque, en Europe: Angleterre (Strolling), France (Flâner), Pays Bas (Wandelen) et Italie (“Passeggiando”). Les épisodes ne sont malheureusement plus disponibles sur YouTube. Elle a également réalisé la web série Ackee and Saltfish (du nom du plat jamaïcain) qui suit les vies de deux femmes noires londoniennes.

 

NAOMIE PIETER est une performeuse, activiste queer et anti-raciste afro-néerlandaise. Elle a co-fondé le Black Queer & Trans Resistance NL et est à l’initiative du Pon De Pride, une soirée dancehall qui offre un espace safe pour les personnes LGBTQ + racisées à Amsterdam. Elle a également mis en place un Black Queer Archive pour mettre en lumière des narrations oubliées de l’histoire des Pays Bas.
Elle a dernièrement reçu le prix Roze Lieverdje.
GRADA KILOMBA (1968) est une artiste multidisciplinaire et écrivaine née à Lisbonne. Elle s’intéresse à la mémoire et aux traumatismes liés à la race, au genre et à la condition postcoloniale. En 2008, sort son ouvrage “Memórias da plantação: Episodios de racismo quotidiano” (Mémoires de la plantation: Épisodes du racisme quotidien). Depuis 2015, elle développe le projet Decolonizing Knowledge: Performing Knowledge. Elle y mêle langages académiques et artistiques afin de remettre en cause l’organisation classique des savoirs pour une exploration de nouvelles formes de connaissances sur la question décoloniale.

 

 

STELLA JEAN (1979) est une créatrice de mode italo-haïtienne née à Rome. Elle a récemment refusé de présenter sa dernière collection à la Fashion Week de Milan en déclarant: “En tant que première designer noire italienne, et en fait la seule, à la suite des derniers événements racistes inacceptables qui se sont multipliés dans notre pays, je ne peux pas rester silencieuse et présenter ma collection comme si de rien n’était”. Elle a à la place choisi de mettre en avant 20 femmes italiennes non blanches à travers une séance photo et une vidéo sous le slogan “We made Italy, now we must make Italians” (Nous avons fait l’Italie. Maintenant, nous devons faire les Italiens).

À lire Pourquoi Stella Jean ne défile pas cette année à la Fashion Week de Milan ?, article Marie Claire de Mélody Thomas.

 

 

 

 

SIDNEY (1955) est un animateur, DJ, musicien, danseur. Il est surtout connu pour avoir animé la première émission TV consacrée à la culture hip hop H.I.P H.O.P sur TF1, devenant ainsi le premier animateur de télévision noir en France.

 

 

 

 

 

 

 

 

ALESSANDRO DE MEDICI (1510-1537) né à Florence, il était le dernier descendant de la branche principale des Medicis. Il serait l’enfant illégitime d’une servante esclave afrodescendante qui s’appellerait Simonetta da Collevecchio et de Laurent II de Médicis. On dit aussi que son père serait le cardinal Jules de Médicis (oncle de Laurent de Médicis) qui deviendra plus tard le pape Clément VII. On lui a donné comme surnom “Le Maure” en raison de sa couleur de peau. Alessandro a été le duc de Florence de 1532 à 1537. Son règne a été écourté par son assassinat fomenté par son cousin Lorenzino de Médicis, qu’on dit être son amant. Cet assassinat est le sujet de la pièce de théâtre d’Alfred de Musset Lorenzaccio.

 

 

 

JOHNY PITTS est un auteur, photographe et présentateur de télévision anglais né à Sheffield. Il a créé le média The Afropean qui explore les interactions sociales, culturelles et esthétiques des cultures noires et européennes. En 2019, sort son livre Afropean: Notes from Black Europe.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

JANI TOIVOLA (1977) est né d’un père kenyan et d’une mère finlandaise à Vaasa (Finlande). Élu pour la première fois à l’Eduskunta lors des élections législatives de 2011, il est le premier homme parlementaire noir du pays. Il est également l’un des seuls députés ouvertement homosexuel de Finlande. Il a mené également une carrière artistique en tant que danseur et acteur.

 

 

 

JUAN DE PAREJA (1610-1670) était un peintre baroque originaire d’Antequera. Esclave et assistant de Diego Velázquez, il devint peintre lui-même quand il fut affranchi. Sa mère était une esclave noire, son père serait un magasinier espagnol blanc. Son tableau La Vocation de Saint Matthieu est exposé au Museo del Prado à Madrid. Image: Portrait de Juan de Pareja par Diego Velázquez.

 

 

 

GLORIA WEKKER (1950) est une anthropologue et professeure d’université afro-surinamaise, néerlandaise. Avec son livre Witte onschuld: Paradoxen van kolonialisme en ras (Innocence blanche: Paradoxe colonial et racial) sorti en 2016, elle soulève le paradoxe néerlandais qui oscille entre un profond déni des discriminations raciales et de la violence coloniale et l’expression agressive du racisme et de la xénophobie. Elle démontre comme ce déni et l’innocence face à ces questions politiques préservent le privilège blanc. Elle remet ainsi en cause l’image des Pays Bas vu comme tolérant et accueillant en dévoilant son héritage postcolonial dans la construction de l’identité blanche néerlandaise et la persistance du racisme dans le pays.

À écouter sa conférence TED Never be indifferent: 400 years of Dutch colonialism (en anglais).

 

 

 

CASH CREW est un groupe de rap anglais originaire de Ladbroke Grove (West London). Il était composé au début par Trim et Flex des Mighty Ethnics. Les ont rejoint ensuite Champain et DJ Loose. Ils sortent un premier CD en 1987 Microphone Maniacs. Ils signent chez le label Scream et sortent leur premier album Will It Make My Brown Eyes Blue. Après avoir été lâché par leur label, ils créent le leur “Street Ministry”. Ils signent ensuite chez Disques Vogue, un label français, avec qui le groupe sort son deuxième et dernier album From An Afropean Perspective.

 

 

 

 

 

Photo de couverture: Mariam, triptyque d’Alexis Peskine